13.06.2008

Matmos - Supreme Balloon

supremeballooncc3ak6.jpg Matmos

Supreme Balloon

Mai 2008

Note  8/10

 

Figurant parmi les artistes les plus créatifs de la scène électro, Matmos nous revient cette année avec un album plus récréatif que les précédents. Exit les concepts pointus comme celui de The rose has teeth in the mouth of a beast, recueil de onze morceaux expérimentaux dédiés à différentes personnalités du milieu underground gay, finies également les expérimentations sonores à bases de sons d'opérations chirurgicales, de brûlures de cigarette ou encore d'utérus de vache... Tout part pourtant, encore une fois, d'une contrainte : n'utiliser, pour réaliser l'intégralité de l'album, que des sons de synthétiseurs vintage et rien de plus. C'est donc la foire aux Korg et aux Bontempi, et Martin Schmidt et Drew Daniel semble s'amuser comme des petits fous à orchestrer cette espèce de fanfare 8-bit totalement improbable. On a parfois l'impression d'être plongé dans un vieux Mario sur Super Nes et on s'attendrait presque à entendre le bruit caractéristique du plombier entrant dans un tuyau ou avalant un champignon. Mais le but de Matmos n'est pas de faire un simple clin d'œil à toute une génération de geeks ; fidèles à eux-mêmes ils ne peuvent se défaire d'une certaine ambition et d'un goût prononcé pour l'expérimentation. Après quatre morceaux entre l'electro-pop et la house la plus régressive s'ouvrent véritablement les hostilités avec une adaptation au synthé des Folies françaises, une pièce composée par François Couperin au dix-huitième siècle pour un clavecin. Faire du classique avec de tels instruments, il fallait oser, mais la rencontre de ces deux univers fonctionne, élevant le clavier au rang d'instrument noble. Ces deux gars peuvent tout faire avec n'importe quoi et ça en devient presque énervant... On retombe ensuite dans de l'electronica assez planante, moins originale mais loin d'être déplaisante... Si le final Cloudhopper passe un peu inaperçu, les 24 minutes du morceau Supreme Balloon font s'entrechoquer les grandes épopées de Pink Floyd et l'électro froide d'Aphex Twin, un voyage finalement sans grande surprise mais mené de main de maître et parfaitement hypnotique. Contrairement à ses prédécesseurs, Supreme Balloon ne fera peut-être pas date dans la musique électronique, mais ce projet un peu plus modeste ne manque pas de charme.

Matmos : site officiel | myspace 

04.06.2008

Alanis Morissette - Flavors of entanglement

Alanis Morissette

Flavors of entanglement

Juin 2008

Note : 4/10

 

Chaque album d'Alanis ne fait que confirmer un peu plus l'impression que la première Alanis, l'adolescente énervée, angoissée, survoltée, est morte, remplacée par une pâle copie, une petite chanteuse sans ambition qui chouine sur de mélodies pop faciles. Si la pilule passait sur Under rug swept, dont la médiocrité était compensée par Feast on scraps, une jolie collection de b-sides, So-called chaos était l'album de trop : trop de redites, trop de ballades consensuelles. Où est passée l'énergie de Supposed former infatuation junkie, son album le plus torturé, le plus audacieux aussi dans sa manière de malmener les mélodies et de mêler un rock proche du grunge, des sonorités indiennes et quelques touches d'électro? Doit-on abandonner définitivement tout espoir d'un retour en force d'Alanis? Sur le petit dernier, Flavors of entanglement, quelques passages donnent envie d'y croire encore. Sur quatre morceaux, Alanis parvient à se renouveler et à retrouver l'ardeur des débuts. Citizen of the planet, Moratorium et Versions of violence sont ses trois chansons les plus orageuses depuis une dizaine d'années, deux bons coups de pieds au cul où on retrouve enfin un sentiment d'urgence dans le chant d'Alanis. Le quatrième morceau est le plus surprenant de l'album puisqu'Alanis prend sur Straitjacket une piste presque club. Résultat : une petite bombe tellement inattendue qu'on ne peut, passée la surprise, que fondre.

Faisons les comptes : 4 bons morceaux sur 11, ça fait donc 7 chansons à jeter. Et effectivement, je retrouve ce que je détestais sur les deux albums précédents. Des sonorités indiennes vues et revues, des ballades qui donnent envie de tuer des chatons tellement elles sont niaises, des petites chansons pop insignifiantes. Et par pure clémence, je ne commenterai pas les bonus de l'édition deluxe qui donnent l'impression d'être sortis tout droit d'une session d'enregistrement avec les Corrs. Les arrangements électro de Guy Sigsworth n'y changent rien : Alanis vieillit mal, très mal... 

Alanis Morissette : site officiel | myspace

25.03.2008

Clark - Turning dragon

Clark

Turning dragon

Février 2008

Note : 7,2/10

 

 

Malgré les efforts de nombreux artistes, la dance et ses cousins la techno et la house suscitent encore chez moi une certaine réticence, y compris "l'intelligent dance music", tiroir générique des plus flous qui regroupe des artistes de tous horizons. Ici, impossible de contester : les racines de Turning dragon sont profondément ancrées dans la dance, ou peut-être la techno, où elles puisent leurs rythmes entêtants et un certain pouvoir hypnotique. Malgré cela, il me paraît risqué de passer un morceau de cet album dans une soirée, le côté "intelligent" prenant facilement le dessus sur une dance efficace et bien huilée. C'est alors que se dévoile le véritable intérêt de l'album et tout le talent de Chris Clark, génialement doué lorsqu'il s'agit de perturber le cours de ses morceaux par l'irruption de bruits et de beats discordants qui confèrent à l'ensemble une tonalité sombre, inquiétante parfois, sans pour autant devenir prétentieux ou difficile d'accès : il règne dans Turning Dragon un désordre très organisé, de telle sorte que tout ce qui sort de l'ordinaire semble aussitôt couler de source. Un impressionnant numéro d'équilibriste entre expérimentation et musique populaire.

Clark : myspace 

14.03.2008

Goldfrapp - Seventh tree

goldfrappseventhtreevk8.jpgGoldfrapp

Seventh tree

Février 2008

Note : 6,8/10

 

 

De virages à 180° en retournements radicaux, Goldfrapp en revient presque à son point de départ : après l'électro-pop ultra-sensuelle de Supernature, nous voilà de retour à Felt Mountain. Mais si on retrouve dans Seventh tree le calme de ce premier opus, l'ambiance a bien changé en quelques années. Nous avions quitté Felt Mountain à l'automne, paysage lunaire, froid et inquiétant. Seventh tree est l'album du printemps, une célébration naïve de la renaissance, de l'éclosion. C'est ce que suggèrent néanmoins ses titres phares, les deux premiers singles Happinesset A&E. Le reste de l'album, tout en étant plus chaleureux que Felt Mountain notamment grâce à l'ajout des guitares sèches, instrument auquel Goldfrapp n'avait encore jamais touché, propose malgré tout une folk plus sombre, intrigante, mystérieuse comme l'inaugural Clowns.  Dommage que l'album s'essouffle par la suite avec l'enchaînement Road to somewhere/Eat Yourself/Some People, trois ballades interchangeables manquant cruellement de fraîcheur et d'originalité qui plombent le rythme de l'ensemble : construites linéairement, sans évolution du début à la fin de chaque morceau, Alison hésite à y démontrer ses capacités vocales, qui constituent pourtant une des premières qualités du reste de l'album.

 Goldfrapp : site officiel | myspace