13.06.2008

Playlist

C'est quand même triste, un blog musical sans la moindre note de musique. Il y a bien sûr les liens vers les sites officiels et les myspace, mais ça ne remplacera jamais une bonne vieille radio. Alors en voilà une, là, juste sur votre gauche ; c'est un peu avec les moyens du bord, c'est moche, on voit pas les titres et ça fait pas pro du tout (c'est pas facile tous les jours d'être une bille en informatique, vous savez) mais après tout, tout ce dont vous avez besoin c'est de pouvoir cliquer sur Play. Le reste est accessoire, mais voilà tout de même quelques mots pour chaque chanson. Je n'allais quand même pas vous laisser tous seuls face à 16 de mes morceaux favoris! Bonne écoute...

1. Emily Haines & The Soft Skeleton – Our Hell : on commence avec un morceau qui me tient particulièrement à coeur puisqu'il s'agit de l'ouverture de ce que je considère purement et simplement comme le meilleur album de tous les temps. Point. Les 11 chansons en piano-voix de Knives don't have your back se ressemblent toutes un peu à la première écoute mais c'est le genre d'albums qui se découvre petit à petit... Les mélodies se font plus nettes, les textes souvent énigmatiques d'Emily Haines livrent peu à peu leurs secrets, sa voix froide et fragile devient un murmure familier. Our Hell est comme un trait d'union avec Metric, groupe dans lequel officie habituellement Emily : on entre dans le monde obscur de Knives tout en se raccrochant encore un peu aux arrangements pop des ballades du groupe.

2. Bat for lashes – What's a girl to do : single du remarqué Fur and Gold, premier album de la canadienne. Un timbre de voix proche de Björk, des percussions sourdes, un clavecin un brin inquiétant, un refrain à la mélodie implacable enfin : une ballade déchirante.

3. Gonzales – Working together : faut-il vraiment présenter Gonzales? S'il est surtout connu pour son travail sur les albums de Feist, il est aussi l'auteur d'albums aussi différents que Solo piano, dont le titre dit tout, ou Presidential suite, plus orienté vers un hip-hop pop. Le petit dernier, Soft Power, est résolument kitsch et regorge de petits bijoux comme ce Working Together à l'enthousiasme contagieux.

4. The knife – We share our mother's health : les Suédois de The Knife adorent tripatouiller leurs voix au vocoder. Ca donne souvent l'impression amusante qu'ils sont shootés à l'hélium, et parfois ça devient juste flippant. Ici, un chœur d'enfants sous acide affronte un monstre venu d'outre-tombe dans une ambiance orageuse. Et comme si le morceau n'était pas assez bon comme ça, le clip est un chef d'œuvre.

5. Metric – Combat baby : Metric fait, objectivement, de la pop-rock toute simple sans rien de particulièrement notable... Alors pourquoi, pourquoi suis-je intimement convaincu qu'il s'agit du plus grand groupe du monde? Je ne mettrai jamais le doigt dessus, tout ce que je sais c'est que nous sommes au moins trois en France à le penser. Et que même en restant objectif, Combat Baby donnerait envie de danser à un mort.

6. Midnight Juggernauts – Shadows : les pieds sur le dancefloor et la tête dans les étoiles... Les trois australiens de Midnight Juggernauts sont des petits génies, naviguant aisément, sur l'album Dystopia, entre des passages planants à la Pink Floyd et des bombes électro qui lorgnent vers Daft Punk et Fischerspooner.

7. The Lovekevins - Private life of a cat : les Lovekevins se sont fait une spécialité des petites chansons pop sans prétention, plus sucrées qu'un chamallow trempé dans du nutella. A dévorer sans modération les jours de déprime.

8. Albin de la Simone – Avant tout, I want you : deuxième morceau du premier album éponyme d'Albin, c'est en quelque sorte un manifeste de sa musique : il fait tout avec trois bouts de ficelle et un vieux clavier Bontempi. Un Mac Gyver de la chanson française, en quelque sorte, mais surtout un indétrônable prince du kitsch.

9. Feist – I feel it all (Escort Remix) : on perd un peu de la légèreté initiale du morceau avec cette fanfare presque martiale, mais c'est loin d'être raté, contrairement à la plupart des autres versions proposée sur le single.

10. Fischerspooner – The best revenge : Fischerspooner continue sur la voie d'Odyssey avec ce titre sorti il y a quelques mois... De l'electro-pop bien léchée et super efficace, que demander de plus?

11. Apostle of Hustle – My sword hand's anger : faux-jumeau de Broken Social Scene, Apostle of Hustle laisse de côté les expérimentations du collectif canadien et fait la part belle à un rock mélodieux teinté d'électro et de quelques sonorités hispaniques.

12. PJ Harvey – Grow grow grow : je n'ai jamais été très fan de PJ Harvey jusqu'à l'album White Chalk, radicalement opposé à tout ce qui précède. C'est sombre, éthéré, bouleversant.

13. Björk – Earth Intruders (Lexx Remix) : un peu plus d'un an après la sortie de Volta, j'ai toujours la même opinion sur cet album qu'à ma première écoute. C'est une grosse bouse. Heureusement quelques remixeurs de génie se sont attachés à recoller les pots cassés, et Lexx en fait partie. Le gonflant Earth Intruders perd ainsi son côté tribal en toc pour devenir une petite bombe électro.

14. Hanne Hukkelberg – Break my body : après Little things, un album plein de gamineries, de pouet pouet et de bruits de casseroles, Hanne Hukkelberg passe aux choses sérieuses dans Rykkestrasse 68. Cette reprise en douceur des Pixies est toute en tension vers un refrain écorché où la voix de la jeune norvégienne est plus touchante que jamais.

15. Meira Asher – Shahid 1 : je ne connais pas d'album plus brutal et plus éprouvant que Spears into hooks de Meira Asher. Ici, sur un fond électro chaotique, la chanteuse israélienne se livre à des imprécations dont l'agressivité prend aux tripes. Pour en savoir plus sur l'album, voilà une page qui en parle bien mieux que moi...

16. Portishead – Theme from to kill a dead man : on finit en beauté avec ce morceau injustement méconnu de Portishead, qui comme son nom l'indique sert de BO au court-métrage To kill a dead man. C'est aussi, à ma connaissance, le seul morceau du groupe sur lequel n'apparaît pas la voix de Beth Gibbons. Un instrumental donc (logique), qui crée en quelques minutes une parfaite ambiance de film noir pour exploser dans un final digne d'un James Bond à la sauce trip-hop.

04.06.2008

Feist au Grand Rex, 03.06.08

feistyl0.jpgIl est fini, et bien fini, le temps où chaque mention du nom de Feist était immanquablement suivi de "hein? qui ça?". Tant mieux ou tant pis, depuis son apparition dans une pub pour iPod, Feist est une star. Oui, mais pour 75% du public présent au Grand Rex, c'est une star qui n'a qu'un morceau, le fameux 1234. Bonjour l'ambiance, "chérie, on attend 1234 et on va se coucher, elle me fait un peu chier avec ses ballades à la con ta canadienne..." D'où un début de show pas franchement enflammé. Mais ne tapons pas trop sur le public, il faut dire que le début du show n'était effectivement pas très enthousiasmant : après un When I was a young girl massacré à force de vocalises tortueuses, on enchaîne bien trop vite sur Mushaboom et My moon my man, qui tombent tristement à plat. C'est pourtant musicalement et visuellement irréprochable : les morceaux lorgnent gentiment sur le rock et un petit théâtre d'ombres se déploie derrière Feist, des visuels étant réalisés en direct sur la plupart des chansons à l'aide de coups de peintures, de papiers déchirés et de tissus. Un procédé qui colle admirablement bien avec l'univers visuel habituel de Feist : coloré, simple et un brin carnavalesque. Si tout ça ne fonctionne pas dès le départ, c'est sans doute d'abord à cause de l'absence quasi-totale de lumière : Feist est là, on l'entend chanter, mais où est-elle? C'est à peine si on distingue le bout de son nez dans la pénombre, ce qui n'est évidemment pas idéal pour établir un contact... D'autant plus que la scène du Grand Rex est trop haute pour les premiers rangs de l'orchestre, trop grande pour le groupe, et que les musiciens ne sont pas franchement débordants d'enthousiasme. Il faudra donc attendre I feel it all, le morceau le plus réjouissant de The reminder - quoi qu'en disent les fans d'Apple - pour que le spectacle décolle vraiment. Ce qui n'empêchera pas Feist de nous faire remarquer que nous sommes étrangement calmes et qu'ils serait temps de se bouger un peu le fion pour mettre l'ambiance. Heureusement sa bonne humeur et son français approximatif viennent au secours du public amorphe, qui commence enfin à réagir...

Les ballades s'enchaînent, plus émouvantes les unes que les autres : How my heart behaves, Honey Honey, Limit to yout love... Jusqu'au point culminant de la soirée, pour moi, When the month changes numbers, inédite jouée régulièrement en live qui trouvera, je l'espère, sa place sur un prochain album studio. Et puis, et puis, oooh, aaah, les premières notes de 1234, joie, euphorie du public, mais c'est qu'il est vraiment coolos ce morceau dis-donc, on a bien fait de cracher nos 40 euros hein bobonne!? On enchaîne sans trop traîner avec un Sea-lion woman décoiffant, avec le renfort du groupe de la première partie (partis sans dire leur nom, mais de toute façon c'était nul). Comme sur l'album, Feist apparaît en maîtresse de cérémonie, entre un sabbat endiablé et une fête digne de celles de Gatsby le Magnifique. Le miracle opère et le plus improbable se produit : le public se lève pour rappeler Feist! Bon Dieu de bon Dieu, mais que leur arrive-t-il? On restera même debout jusqu'au bout, même pendant The water et Let it die qui ne s'y prêtent pourtant pas franchement, mais mieux vaut continuer sur cette lancée, on va pas se plaindre. Pour finir, Feist se met au piano pour jouer maladroitement quelques notes du Gogol de Gonzales, qui la rejoint sur scène pour une dernière chanson. Une inédite que Feist chante assise sur le piano, avec plus de simplicité que jamais, un point final merveilleux qui fait pardonner volontiers tous les petits défauts de cette soirée.

 photo : Winnipeg Folk Festival

Feist : site officiel | myspace