20.03.2009
Fever Ray

Ce side-project de Karin Dreijer, échappée de The Knife, est avant tout une variations sur les thèmes de Silent Shout, le dernier album du duo acclamé par la critique, en plus ténébreux et spectral.
Il ne faut pas laisser Karin Dreijer toute seule. Déjà, quand elle officie avec son frère Olaf au sein de The Knife, la dépression guette. Quand elle prend un peu de distance pour collaborer avec les norvégiens de Röyksopp, elle assombrit à elle toute seule, le temps d'un superbe What else is there, les pensées d'habitudes plutôt colorées des auteurs d'Eple et de So easy. Alors, on peut facilement imaginer l'état dans lequel peut la mettre la solitude complète. Le décor de ce projet solo, ce sont les forêts noires embrumées de la Suède, des marais hostiles, de grands manoirs peuplés de cadavres traversés par la silhouette fantômatique d'une femme grimée en squelette. C'est en tout cas l'imagerie, parfaitement adaptée à la musique, que proposent les deux clips déjà tournés pour la promotion de l'album, If I had a heart et When I grow up.
Karin Dreijer, dans ces deux morceaux, ne pense qu'au conditionnel ("If I had a heart I could love you, if I had a voice I would sing" )et au futur ; quand elle pensera au présent, plus loin dans l'album, ce sera pour dire qu'elle vit enfermée entre des murs de béton ("I live between concrete walls"). Personnalité vouée à n'être que fantasmée, corps physique prisonnier... Karin Dreijer brosse le portrait d'un personnage aussitôt en proie à l'effacement, à l'image de sa voix qui disparaît sous la torture de l'autotune. Mais si ce travail sur sa voix reste des plus intéressants, on pourra regretter que Fever Ray ne s'éloigne pas de manière plus radicale des terres de Silent Shout, le dernier album de The Knife. Car à l'écoute de Seven ou de Concrete Walls, comment ne pas penser à la voix grave monstrueuse de We share our mother's health? Karin Dreijer a cependant le bon goût de se démarquer un minimum en utilisant un son moins métallique que celui de Silent Shout, d'une certaine manière plus intimiste et plus marqué par une mélancolie et une violence rentrée distillées sur des basses planantes, rendant le tout peut-être plus complexe et plus intriguant que les disques plus directs, extravertis et finalement plus pop de The Knife.
9/10. A écouter en priorité : If I had a heart, Keep the streets empty for me
Sortie le 24 mars 2008
12:28 Publié dans Critiques d'albums | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : fever ray, the knife, karin dreijer, röyksopp

