31.03.2009
Sin Fang Bous - Clangour
Il est des albums qui semblent toujours appeler le même chapelet d'adjectifs. Si vous avez lu quelques critiques de ce premier album de Sindri Mar Sigfusson sous le pseudo de Sin Fang Bous (le jeune inslandais ayant déjà sévi comme leader de Seabear en 2007), vous n'avez pas pu échapper aux termes "broussailleux", "kaléidoscopique", "effervescent" et aux comparaisons avec une végétation luxuriante ou une cathédrale baroque. Il suffit d'y ajouter deux ou trois autres adjectifs piochés dans le lexique de la critique rock de GT ("pop rafraichissante délicate et hypnotique", par exemple) et vous avez une critique clé-en-main de Clangour.
Pour éviter de brasser les clichés et comme j'avais malgré tout envie de parler de cet album, j'ai décidé de me lancer dans un exercice un peu différent de l'habitude, le portrait chinois. Il y a fort à parier que ces dix questions ne vous renseigneront pas des masses sur l'album, mais elles seront peut-être plus intrigantes qu'une dissection en règle. Enfin j'espère.
Si c'était un fruit, ce serait une grenade
Si c'était un poème, ce serait Delfica de Nerval
Si c'était une sculpture, ce serait Formes uniques de la continuité dans l'espace de Boccioni
Si c'était un film, ce serait Mon voisin Totoro d'Hayao Miyazaki
Si c'était un monument, ce serait la Sagrada Familia de Barcelone
Si c'était un végétal, ce serait du lierre
Si c'était un vêtement, ce serait du Lacroix
Si c'était un minéral, ce serait du marbre rouge
Si c'était une partie du corps, ce serait un poumon
Si c'était une note, ce serait un 8/10
A écouter en priorité : Advent in Ives Garden, Melt down the knives, Fafafa
Février 2009
14:26 Publié dans Critiques d'albums | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, sin fang bous, portrait chinois
24.03.2009
Flairs - Sweat symphony

Les temps sont durs pour ceux qui ont fait la hype de 2008. A l'heure où la moitié de la blogosphère se moque des grotesques Empire of the sun et commence à se demander si des "prodiges" comme Little Boots ou La Roux n'auraient pas été canonisés un peu vite (sans blague?), Flairs tente de transformer l'essai de son Better than prince. Et s'en sort mieux que prévu.
Rappelons, pour ceux qui n'auraient pas tout suivi, que Better than Prince, le premier single de Flairs sorti en avril 2008 était mixé par Alex Gopher et Etienne de Crécy, et a bénéficié d'un clip signé par Jonas et François. Potentiel hype : 100%. Et, de fait, ce titre volontiers arrogant voire mégalo ("I play bass better than Prince, I make love longer than Prince...") a beaucoup fait parler de lui malgré un texte qui tournait vite court (six lignes en boucles, ça fait pas rire longtemps) et une originalité plus que discutable. Soit. Heureusement, il est plus difficile de faire de l'esbroufe sur toute la durée d'un album, et ce Sweat Symphony est l'occasion de voir ce que Flairs a vraiment dans le ventre. La première chose qui saute aux oreilles, c'est que Flairs, bassiste de formation, aurait peut-être mieux fait de le rester : la justesse du chant est souvent approximative, ce qui suffit à refroidir l'enthousiasme qu'on pourrait ressentir à l'écoute de titres a priori imparables comme Superlife ou French Cowboy. Et pourtant, on est déjà bien au-dessus du niveau de Better than Prince. Car il n'y a, à vrai dire, pas grand chose à jeter sur cet album (ça m'a déçu d'ailleurs, j'espérais avoir une occasion d'être un peu méchant), si ce n'est le monstrueux Whamma Gonna Do qui ressemble à un morceau d'Electric Six qui aurait oublié d'être drôle (déjà que ça ne vole pas bien haut chez la bande de Dick Valentine).
Le reste du temps, l'électro de Flairs flirte agréablement avec la brit-pop, comme sur les très bons Radio et Square Boy. Et quand Flairs revient vers une électro plus pure comme sur l'instrumental Trucker's delight, il parvient - comme peu de ses compatriotes français - à se débarasser de l'héritage des Daft Punk : en toute simplicité, sans le pompiérisme qui caractérise trop souvent des artistes comme Justice ou plus récemment Yuksek, il parvient à créer un morceau irrésistiblement dansant tout en lui donnant un côté sexy qui lui avait échappé dans les ridicules Better than Prince, Whamma Gonna Do et R.E. Balls. Un petit break troublant à la Metronomy et le tour est joué : Trucker's Delight est un des morceaux électro les plus emballants produits par un français ces deux dernières années. Flairs a sans doute beaucoup à apporter à l'électro française, mais pour ça il faut qu'il accepte d'arrêter de chanter.
6/10. A écouter en priorité : Trucker's delight, Radio.
Février 2009
15:13 Publié dans Critiques d'albums | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : flairs, electro, musique
26.07.2008
CocoRosie+Camille aux Voix du Gaou, 23.07.2008
21h00, presqu'île du Gaou, dans le Var. Le soleil se couche doucement sur les pins, la mer clapote, environ 200 personnes assises dans le sable attendent dans le plus grand calme les concerts de CocoRosie et Camille. Une soirée tiédasse entre bobos sudistes? C'est sans compter sur l'énergie débordante des artistes de la soirée, à commencer par les CocoRosie qui investissent la scène avec quelques minutes seulement de retard sur l'horaire annoncé. Dès le départ, on est très loin de l'ambiance que j'avais pu imaginer, il y a quelques années, à l'écoute de La Maison de mon rêve, premier album des deux soeurs. Les bruits de jouets qui créaient cette atmosphère si particulière sont encore là mais intégrés, parfois de manière assez anarchique d'ailleurs, au nouveau son plus hip-hop du dernier album. K-Hole, berceuse inaugurale de Noah's ark, se voit par exemple transformée du tout au tout, habillée de beats rapides et violents par Tez, beatboxer hors-pair qui nous offre ensuite un solo d'une puissance inouïe, avec lequel même les meilleurs acolytes de Camille auront du mal à rivaliser. Beautiful Boyz et By your side bénéficient du même traitement, bien que ce soit de manière moins marquée, et le faussement enjoué Japan finit de gagner le public à la cause des CocoRosie.
Cette tornade de rythmes ne limite cependant pas l'émotion, au rendez-vous lorsque Bianca dédie la dernière chanson, oscillant entre ballade kitschissime et hymne r'n'b, à leur grand-mère décédée, ou lorsque Sierra vocalise sur Promise. Elle qui, affublée d'oreilles de Minnie et d'un maillot de bain échancré enfilé par dessus un maillot de basket XXL, gesticulait avec malice sans le moindre temps mort depuis le début du concert, se fige soudain avec la prestance d'une grande chanteuse d'opéra – le chant lyrique étant sa première vocation. Sa voix, souvent trop discrète en studio, est ici utilisée à sa juste valeur et laisse le public interdit. Ce qui ne nous empêchera pas, plus tard de réclamer un rappel à cors et à cris...
Malheureusement les CocoRosie doivent céder leur place à Camille et ses huit choristes et percussionistes. Débarquant seule sur scène habillée en « petit chaperon orange », celle-ci se lance dans une interprétation a capella de Canards sauvages, extrait de Music Hole, son dernier album plus que médiocre comparé aux merveilles du Fil. Le renfort de sa troupe n'y fait rien : ce morceau est idiot, fade et plat. Un impair pour commencer donc, mais heureusement, après une version peu inspirée de La jeune fille aux cheveux blancs, Camille ouvre véritablement les hostilités avec Home is where it hurts, morceau phare, pour moi, de Music Hole. Les beats sont sourds, lancinants et la chanson monte peu à peu en puissance jusqu'à un final où chacun finit par crier, plusieurs fois, les dernières phrases du texte : « T'as posé tes clefs là où t'étais bouclé, t'as posé tes pieds là où c'est hanté. » Excepté, donc, le couac d'ouverture, on sera plutôt bien servis en ce qui concerne le choix des chansons extraites de Music Hole : Camille nous épargne l'ennui profond de The Monk ou Kfir et la niaiserie navrante de Sanges Sweet. Des chansons comme Gospel with no lord ou Katie's tea, pas forcément convaincantes en studio car trop policées prennent tout leur sens en concert : le contrat de Music Hole, album annoncé comme « festif », est enfin rempli, même si Money Note et Cats and dogs ne sont pas l'explosion délirante attendue. Qu'à cela ne tienne, pour mettre un peu de sel, Camille n'hésite pas à donner de sa personne, bondissant, se roulant par terre, demandant un soutien-gorge au public... Si une partie de ce déchaînement semble répété et rôdé, Camille semble tout de même plus naturelle qu'il y a quelques années, à la fin de la tournée du Fil, dont sont d'ailleurs rescapés les meilleurs morceaux : Ta douleur, évidemment, mais aussi Baby Carni Bird et surtout Pâle septembre, dont l'envolée finale est malheureusement coupée net, et l'émotion avec, Camille ayant décidé de la fondre avec Winter's child, belle ballade malheureusement loin d'atteindre les sommets du Fil.
Dans tout cela, on oublierait presque ce petit album de variétoche qu'était Le sac des filles... Camille aussi à vrai dire : on retrouve seulement Les ex, chantée à toute vitesse et du bout des lèvres comme si elle souhaitait se débarrasser définitivement de cet album à part dans sa discographie. Dommage : il ne manque pas de charme et les réorchestrations de l'époque du Fil le rendait encore plus intéressant. En mettant de plus en plus de côté ces chansons simples et naïves, Camille devient de plus en plus ennuyeuse et prise de tête, comme en témoigne Music Hole. Heureusement, il reste ses concerts pour retrouver la Camille « amuseuse publique », parfois un brin auto-caricaturale, mais toujours enthousiasmante.
CocoRosie : site officiel | myspace
Camille : site officiel | myspace
photo : David Campbell Imagery
01:43 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cocorosie, camille, musique
19.07.2008
Playlist n°2
Bonjour à tous! En attendant un billet digne de ce nom, je vous propose une nouvelle playlist de saison : quelques chansons caniculaires assorties de leurs pendants glaciaux pour se rafraîchir un petit peu en attendant l'automne...
1. Valgeir Sigurðsson - Equilibrium is restored
2. Jeanne Cherhal - Canicule
3. Margo - Space Summer
4. Milenka & The Pyramids - frOid (sparkling)
5. Billie Holiday - Summertime
6. Pauline Croze - Dans la chaleur des nuits de pleine lune
7. To Rococo Rot - Prado
8. Björk - Aurora
9. Avril - Helium life boat
10. Goldfrapp - White soft rope
11. Holden - Madrid
12. Brigitte Fontaine - Betty Boop en Août (-M- Remix)
13. Autechre - Altibzz
14. Caroline - Winter (Repose Mix)
15. Pierre Lapointe - L'été
16. Metric - Butcher
17. Efterklang - Foetus
18. Emilie Simon - Antarctic (version longue)
Vous pouvez toujours écouter ma première playlist en vous rendant sur le billet qui lui est consacré.
Bonne écoute et attention au rhume ;)
12:10 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, playlist, valgeir sigurðsson, jeanne cherhal, margo, milenka & the pyramids, billie holiday
20.06.2008
En bref
Tant d'albums qui sortent et si peu de temps pour dire quelques mots sur chacun! Je dois avouer être d'une lenteur à faire pâlir un gastéropode asthénique et voilà, au bout d'un moment, je suis frustré de la chronique. Alors pour rattraper un peu de retard, voilà un petit condensé de ce que j'ai pu écouter cette semaine...
Coldplay - Viva la vida : annoncé par Violet Hill, leur single le plus intéressant depuis Yellow, un album qui marque une évolution salvatrice pour ce groupe qui commençait à stagner dangereusement... Si certains passages évoquent un peu trop fortement U2 à mon goût, on ne peut que se réjouir de voir Chris Martin et sa bande de sortir du marasme de la pop romantique pour coeurs d'artichaut des deux précédents albums. 6,5/10 site officiel | myspace
Julien Doré - Ersatz : belle surprise que ce premier album de la Nouvelle Star 2007... entouré d'une belle équipe, Julien Doré navigue entre romantisme et désinvolture, citant abondamment ses références, de Nick Cave à Gainsbourg en passant par Bashung et... Corinne Touzet? Un album à son image, celle d'un dandy cultivé soudain transformé en amuseur public. 7/10 site officiel | myspace
Room Eleven - Mmm... Gumbo? : un recueil de petites douceurs jazzy portées par la voix suave d'une belle néérlandaise qui va à coup sûr illuminer mon été...Merci à Saab pour cette découverte! 8,5/10 site officiel | myspace
Death cab for cutie - Narrow stairs : du rock mélancolique sans imagination... je zappe une fois passées les huit minutes de I will possess your heart, au gimmick au piano simple mais terriblement efficace. 4/10 site officiel | myspace
Arthur H - L'homme du monde : loin des ambiances vénéneuses d'Adieu tristesse, Arthur H nous revient avec un album surchargé de rythmes, entre électro et musique tribale. Un opéra pop où Arthur H, plus sensuel que jamais, nous parle de notre monde, de l'argent, de l'UMP, de la culture de masse, à travers des personnages fantasques comme Kevin B, la lady of Shangai ou encore la déesse de l'amour. Un grand écart admirable entre les étoiles et le plancher des vaches. 9/10 site officiel | myspace
13:40 Publié dans Critiques d'albums | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, pop, variété, jazz, rock, coldplay, julien doré
13.06.2008
Matmos - Supreme Balloon
Matmos
Supreme Balloon
Mai 2008
Note 8/10
Figurant parmi les artistes les plus créatifs de la scène électro, Matmos nous revient cette année avec un album plus récréatif que les précédents. Exit les concepts pointus comme celui de The rose has teeth in the mouth of a beast, recueil de onze morceaux expérimentaux dédiés à différentes personnalités du milieu underground gay, finies également les expérimentations sonores à bases de sons d'opérations chirurgicales, de brûlures de cigarette ou encore d'utérus de vache... Tout part pourtant, encore une fois, d'une contrainte : n'utiliser, pour réaliser l'intégralité de l'album, que des sons de synthétiseurs vintage et rien de plus. C'est donc la foire aux Korg et aux Bontempi, et Martin Schmidt et Drew Daniel semble s'amuser comme des petits fous à orchestrer cette espèce de fanfare 8-bit totalement improbable. On a parfois l'impression d'être plongé dans un vieux Mario sur Super Nes et on s'attendrait presque à entendre le bruit caractéristique du plombier entrant dans un tuyau ou avalant un champignon. Mais le but de Matmos n'est pas de faire un simple clin d'œil à toute une génération de geeks ; fidèles à eux-mêmes ils ne peuvent se défaire d'une certaine ambition et d'un goût prononcé pour l'expérimentation. Après quatre morceaux entre l'electro-pop et la house la plus régressive s'ouvrent véritablement les hostilités avec une adaptation au synthé des Folies françaises, une pièce composée par François Couperin au dix-huitième siècle pour un clavecin. Faire du classique avec de tels instruments, il fallait oser, mais la rencontre de ces deux univers fonctionne, élevant le clavier au rang d'instrument noble. Ces deux gars peuvent tout faire avec n'importe quoi et ça en devient presque énervant... On retombe ensuite dans de l'electronica assez planante, moins originale mais loin d'être déplaisante... Si le final Cloudhopper passe un peu inaperçu, les 24 minutes du morceau Supreme Balloon font s'entrechoquer les grandes épopées de Pink Floyd et l'électro froide d'Aphex Twin, un voyage finalement sans grande surprise mais mené de main de maître et parfaitement hypnotique. Contrairement à ses prédécesseurs, Supreme Balloon ne fera peut-être pas date dans la musique électronique, mais ce projet un peu plus modeste ne manque pas de charme.
Matmos : site officiel | myspace
22:57 Publié dans Critiques d'albums | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : matmos, electro, musique
Playlist
C'est quand même triste, un blog musical sans la moindre note de musique. Il y a bien sûr les liens vers les sites officiels et les myspace, mais ça ne remplacera jamais une bonne vieille radio. Alors en voilà une, là, juste sur votre gauche ; c'est un peu avec les moyens du bord, c'est moche, on voit pas les titres et ça fait pas pro du tout (c'est pas facile tous les jours d'être une bille en informatique, vous savez) mais après tout, tout ce dont vous avez besoin c'est de pouvoir cliquer sur Play. Le reste est accessoire, mais voilà tout de même quelques mots pour chaque chanson. Je n'allais quand même pas vous laisser tous seuls face à 16 de mes morceaux favoris! Bonne écoute...
1. Emily Haines & The Soft Skeleton – Our Hell : on commence avec un morceau qui me tient particulièrement à coeur puisqu'il s'agit de l'ouverture de ce que je considère purement et simplement comme le meilleur album de tous les temps. Point. Les 11 chansons en piano-voix de Knives don't have your back se ressemblent toutes un peu à la première écoute mais c'est le genre d'albums qui se découvre petit à petit... Les mélodies se font plus nettes, les textes souvent énigmatiques d'Emily Haines livrent peu à peu leurs secrets, sa voix froide et fragile devient un murmure familier. Our Hell est comme un trait d'union avec Metric, groupe dans lequel officie habituellement Emily : on entre dans le monde obscur de Knives tout en se raccrochant encore un peu aux arrangements pop des ballades du groupe.
2. Bat for lashes – What's a girl to do : single du remarqué Fur and Gold, premier album de la canadienne. Un timbre de voix proche de Björk, des percussions sourdes, un clavecin un brin inquiétant, un refrain à la mélodie implacable enfin : une ballade déchirante.
3. Gonzales – Working together : faut-il vraiment présenter Gonzales? S'il est surtout connu pour son travail sur les albums de Feist, il est aussi l'auteur d'albums aussi différents que Solo piano, dont le titre dit tout, ou Presidential suite, plus orienté vers un hip-hop pop. Le petit dernier, Soft Power, est résolument kitsch et regorge de petits bijoux comme ce Working Together à l'enthousiasme contagieux.
4. The knife – We share our mother's health : les Suédois de The Knife adorent tripatouiller leurs voix au vocoder. Ca donne souvent l'impression amusante qu'ils sont shootés à l'hélium, et parfois ça devient juste flippant. Ici, un chœur d'enfants sous acide affronte un monstre venu d'outre-tombe dans une ambiance orageuse. Et comme si le morceau n'était pas assez bon comme ça, le clip est un chef d'œuvre.
5. Metric – Combat baby : Metric fait, objectivement, de la pop-rock toute simple sans rien de particulièrement notable... Alors pourquoi, pourquoi suis-je intimement convaincu qu'il s'agit du plus grand groupe du monde? Je ne mettrai jamais le doigt dessus, tout ce que je sais c'est que nous sommes au moins trois en France à le penser. Et que même en restant objectif, Combat Baby donnerait envie de danser à un mort.
6. Midnight Juggernauts – Shadows : les pieds sur le dancefloor et la tête dans les étoiles... Les trois australiens de Midnight Juggernauts sont des petits génies, naviguant aisément, sur l'album Dystopia, entre des passages planants à la Pink Floyd et des bombes électro qui lorgnent vers Daft Punk et Fischerspooner.
7. The Lovekevins - Private life of a cat : les Lovekevins se sont fait une spécialité des petites chansons pop sans prétention, plus sucrées qu'un chamallow trempé dans du nutella. A dévorer sans modération les jours de déprime.
8. Albin de la Simone – Avant tout, I want you : deuxième morceau du premier album éponyme d'Albin, c'est en quelque sorte un manifeste de sa musique : il fait tout avec trois bouts de ficelle et un vieux clavier Bontempi. Un Mac Gyver de la chanson française, en quelque sorte, mais surtout un indétrônable prince du kitsch.
9. Feist – I feel it all (Escort Remix) : on perd un peu de la légèreté initiale du morceau avec cette fanfare presque martiale, mais c'est loin d'être raté, contrairement à la plupart des autres versions proposée sur le single.
10. Fischerspooner – The best revenge : Fischerspooner continue sur la voie d'Odyssey avec ce titre sorti il y a quelques mois... De l'electro-pop bien léchée et super efficace, que demander de plus?
11. Apostle of Hustle – My sword hand's anger : faux-jumeau de Broken Social Scene, Apostle of Hustle laisse de côté les expérimentations du collectif canadien et fait la part belle à un rock mélodieux teinté d'électro et de quelques sonorités hispaniques.
12. PJ Harvey – Grow grow grow : je n'ai jamais été très fan de PJ Harvey jusqu'à l'album White Chalk, radicalement opposé à tout ce qui précède. C'est sombre, éthéré, bouleversant.
13. Björk – Earth Intruders (Lexx Remix) : un peu plus d'un an après la sortie de Volta, j'ai toujours la même opinion sur cet album qu'à ma première écoute. C'est une grosse bouse. Heureusement quelques remixeurs de génie se sont attachés à recoller les pots cassés, et Lexx en fait partie. Le gonflant Earth Intruders perd ainsi son côté tribal en toc pour devenir une petite bombe électro.
14. Hanne Hukkelberg – Break my body : après Little things, un album plein de gamineries, de pouet pouet et de bruits de casseroles, Hanne Hukkelberg passe aux choses sérieuses dans Rykkestrasse 68. Cette reprise en douceur des Pixies est toute en tension vers un refrain écorché où la voix de la jeune norvégienne est plus touchante que jamais.
15. Meira Asher – Shahid 1 : je ne connais pas d'album plus brutal et plus éprouvant que Spears into hooks de Meira Asher. Ici, sur un fond électro chaotique, la chanteuse israélienne se livre à des imprécations dont l'agressivité prend aux tripes. Pour en savoir plus sur l'album, voilà une page qui en parle bien mieux que moi...
16. Portishead – Theme from to kill a dead man : on finit en beauté avec ce morceau injustement méconnu de Portishead, qui comme son nom l'indique sert de BO au court-métrage To kill a dead man. C'est aussi, à ma connaissance, le seul morceau du groupe sur lequel n'apparaît pas la voix de Beth Gibbons. Un instrumental donc (logique), qui crée en quelques minutes une parfaite ambiance de film noir pour exploser dans un final digne d'un James Bond à la sauce trip-hop.
00:50 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, emily haines, bat for lashes, gonzales, the knife, metric, midnight juggernauts
04.06.2008
Feist au Grand Rex, 03.06.08
Il est fini, et bien fini, le temps où chaque mention du nom de Feist était immanquablement suivi de "hein? qui ça?". Tant mieux ou tant pis, depuis son apparition dans une pub pour iPod, Feist est une star. Oui, mais pour 75% du public présent au Grand Rex, c'est une star qui n'a qu'un morceau, le fameux 1234. Bonjour l'ambiance, "chérie, on attend 1234 et on va se coucher, elle me fait un peu chier avec ses ballades à la con ta canadienne..." D'où un début de show pas franchement enflammé. Mais ne tapons pas trop sur le public, il faut dire que le début du show n'était effectivement pas très enthousiasmant : après un When I was a young girl massacré à force de vocalises tortueuses, on enchaîne bien trop vite sur Mushaboom et My moon my man, qui tombent tristement à plat. C'est pourtant musicalement et visuellement irréprochable : les morceaux lorgnent gentiment sur le rock et un petit théâtre d'ombres se déploie derrière Feist, des visuels étant réalisés en direct sur la plupart des chansons à l'aide de coups de peintures, de papiers déchirés et de tissus. Un procédé qui colle admirablement bien avec l'univers visuel habituel de Feist : coloré, simple et un brin carnavalesque. Si tout ça ne fonctionne pas dès le départ, c'est sans doute d'abord à cause de l'absence quasi-totale de lumière : Feist est là, on l'entend chanter, mais où est-elle? C'est à peine si on distingue le bout de son nez dans la pénombre, ce qui n'est évidemment pas idéal pour établir un contact... D'autant plus que la scène du Grand Rex est trop haute pour les premiers rangs de l'orchestre, trop grande pour le groupe, et que les musiciens ne sont pas franchement débordants d'enthousiasme. Il faudra donc attendre I feel it all, le morceau le plus réjouissant de The reminder - quoi qu'en disent les fans d'Apple - pour que le spectacle décolle vraiment. Ce qui n'empêchera pas Feist de nous faire remarquer que nous sommes étrangement calmes et qu'ils serait temps de se bouger un peu le fion pour mettre l'ambiance. Heureusement sa bonne humeur et son français approximatif viennent au secours du public amorphe, qui commence enfin à réagir...
Les ballades s'enchaînent, plus émouvantes les unes que les autres : How my heart behaves, Honey Honey, Limit to yout love... Jusqu'au point culminant de la soirée, pour moi, When the month changes numbers, inédite jouée régulièrement en live qui trouvera, je l'espère, sa place sur un prochain album studio. Et puis, et puis, oooh, aaah, les premières notes de 1234, joie, euphorie du public, mais c'est qu'il est vraiment coolos ce morceau dis-donc, on a bien fait de cracher nos 40 euros hein bobonne!? On enchaîne sans trop traîner avec un Sea-lion woman décoiffant, avec le renfort du groupe de la première partie (partis sans dire leur nom, mais de toute façon c'était nul). Comme sur l'album, Feist apparaît en maîtresse de cérémonie, entre un sabbat endiablé et une fête digne de celles de Gatsby le Magnifique. Le miracle opère et le plus improbable se produit : le public se lève pour rappeler Feist! Bon Dieu de bon Dieu, mais que leur arrive-t-il? On restera même debout jusqu'au bout, même pendant The water et Let it die qui ne s'y prêtent pourtant pas franchement, mais mieux vaut continuer sur cette lancée, on va pas se plaindre. Pour finir, Feist se met au piano pour jouer maladroitement quelques notes du Gogol de Gonzales, qui la rejoint sur scène pour une dernière chanson. Une inédite que Feist chante assise sur le piano, avec plus de simplicité que jamais, un point final merveilleux qui fait pardonner volontiers tous les petits défauts de cette soirée.
photo : Winnipeg Folk Festival
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23:38 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : feist, grand rex, gonzales, pop, musique
Alanis Morissette - Flavors of entanglement
Alanis Morissette Flavors of entanglement
Juin 2008
Note : 4/10
Chaque album d'Alanis ne fait que confirmer un peu plus l'impression que la première Alanis, l'adolescente énervée, angoissée, survoltée, est morte, remplacée par une pâle copie, une petite chanteuse sans ambition qui chouine sur de mélodies pop faciles. Si la pilule passait sur Under rug swept, dont la médiocrité était compensée par Feast on scraps, une jolie collection de b-sides, So-called chaos était l'album de trop : trop de redites, trop de ballades consensuelles. Où est passée l'énergie de Supposed former infatuation junkie, son album le plus torturé, le plus audacieux aussi dans sa manière de malmener les mélodies et de mêler un rock proche du grunge, des sonorités indiennes et quelques touches d'électro? Doit-on abandonner définitivement tout espoir d'un retour en force d'Alanis? Sur le petit dernier, Flavors of entanglement, quelques passages donnent envie d'y croire encore. Sur quatre morceaux, Alanis parvient à se renouveler et à retrouver l'ardeur des débuts. Citizen of the planet, Moratorium et Versions of violence sont ses trois chansons les plus orageuses depuis une dizaine d'années, deux bons coups de pieds au cul où on retrouve enfin un sentiment d'urgence dans le chant d'Alanis. Le quatrième morceau est le plus surprenant de l'album puisqu'Alanis prend sur Straitjacket une piste presque club. Résultat : une petite bombe tellement inattendue qu'on ne peut, passée la surprise, que fondre.
Faisons les comptes : 4 bons morceaux sur 11, ça fait donc 7 chansons à jeter. Et effectivement, je retrouve ce que je détestais sur les deux albums précédents. Des sonorités indiennes vues et revues, des ballades qui donnent envie de tuer des chatons tellement elles sont niaises, des petites chansons pop insignifiantes. Et par pure clémence, je ne commenterai pas les bonus de l'édition deluxe qui donnent l'impression d'être sortis tout droit d'une session d'enregistrement avec les Corrs. Les arrangements électro de Guy Sigsworth n'y changent rien : Alanis vieillit mal, très mal...
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22:26 Publié dans Critiques d'albums | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : alanis morissette, guy sigsworth, pop, electro, musique
05.05.2008
Madonna - Hard Candy
Madonna Hard Candy
Avril 2008
Note : 4,5/10
25 ans, le bel âge, le début d'une carrière, le moment où l'on peut décider de prendre un virage radical et se faire faire un album R'n'B comme tant d'autres chanteuses l'ont fait, un album inconsistant et passe-partout qui relancera des ventes en berne. Non, non, ne dites pas à Madonna qu'elle a 50 ans, elle en a 25 et elle vous emmerde, et elle se déguise en boxeuse coquine si elle veut. Et puis si Nelly Furtado a fait du R'n'B, alors elle peut aussi, car elle peut tout faire. Et ne lui dites pas non plus qu'elle a vendu plus de 9 millions de Confessions on a dancefloor, elle s'en fout, elle n'a toujours pas digéré le semi-échec du pourtant excellent American Life. Jeunisme, petites concurrentes aux dents longues, voilà sans doute deux des raisons pour lesquelles Madonna sort aujourd'hui un album plus putassier encore que le navrant Confessions. En attendant des nouvelles de la Madone qui savait faire des albums pop touchants et fouillés comme Music, jetons donc une oreille à ce Hard Candy.
Contrairement à Björk, qui sur Hope et Innocence ne s'était pas faite déborder par le style de Timbaland, Madonna se fait bouffer par le style du rappeur-producteur le plus hype du moment. On retrouve des beats signés Timbaland, une touche de synthé typique, la même que sur le nouveau M.Pokora, sur Dance 2night, et Timba va même jusqu'à réécrire le Cry me a river de Timberlake dans Devil wouldn't recognize you, poussant le vice jusqu'à y inclure le même break à base de bruits d'orages. On a d'ailleurs parfois l'impression d'écouter un album de Justin, qui vole la vedette à Madonna à plusieurs reprises, en particulier sur le premier single de l'album, 4 minutes. Pharrell, de même, fait sonner Spanish Lesson comme un titre de N*E*R*D et transforme Give it to me, potentiellement très entraînant, en une improbable rencontre entre pop 80's et compile de tuning.
C'est quand Madonna reprend le dessus que naissent les moments de grâce de l'album : Miles away, Beat goes on et She's not me sont autant de clins d'oeils à la Madonna des 90's, celle de I'm Breathless, d'Erotica et de Ray of light. Des morceaux pop bien calibrés, légèrement kitsch sans tomber dans la caricature, dansants mais bien construits... Trois notes d'espoir dans cet album tristement banal : Madonna est encore pleine de ressources.
Madonna : site officiel | myspace
15:15 Publié dans Critiques d'albums | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : madonna, hard candy, timbaland, musique, pop, r'n'b, timberlake

